Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


son importance ; d’ailleurs elle est peu compatible avec tout ce qu’on sait du caractère de ce personnage ; enfin il ne faut pas oublier que la résolution prise à Rome était irrévocable : le représentant de l’église de Liége dut finir par reconnaître l’inutilité de nouvelles démarches. Quoi qu’il en soit, tout ce que les Liégeois purent obtenir, c’est le privilége de ne pouvoir être évoqués horsdeleur pays, en première instance, dans les causes ecclésiastiques. L’archevêque de Cologne réclama contre cette décision ; mais il ne fut pas fait droit à sa plainte.

Pie IV, successeur de Paul IV, envoya le 3 juillet 1560, à Robert de Berghes, une bulle très-importante, destinée à débouter de ses prétentions le clergé secondaire, qui, se fondant sur une déclaration de l’évêque Jean de Hornes (30 mai 1493), se considérait comme un corps séparé et indépendant des trois États, et à ce titre refusait de payer son contingent dans les subsides votés en assemblée générale. Le pape déclara que le chapitre de Liége était censé représenter l’état ecclésiastique tout entier ; que l’évêque était autorisé à exiger les sommes dues pour les arriérés, ainsi que celles qui seraient imposées par la suite, et ce par la saisie des revenus eeclésiastiques et des bénéfices des récalcitrants, lesquels encourraient en outre les censures, pourraient être mis en interdit et livrés, si besoin était, au bras séculier. Ces menaces ne produisirent pas l’effet qu’on en attendait : le conflit continua jusqu’à l’épiscopat de Gérard de Groesbeek, qui parvint à l’assoupir, mais non à le terminer.

Robert étant parti pour Hoogstraeten le 15 février 1562, avec l’intention d’y aller tenir un enfant sur les fonts baptismaux, fut surpris par un orage et « féru d’un mauvais vent : » comme s’il eût respiré un souflle contagieux, il se sentit frappé tout d’un coup, disent les historiens, dans toutes les parties de son corps. Il regagna Liége à grand’peine et s’installa dans le monastère de Saint-Laurent, comptant, mais en vain, sur l’influence de l’air vif et salubre des hauteurs. On a prétendu que ses facultés intellectuelles n’étaient pas moins aflaiblies que sa santé : cependant il n’abandonna pas complètement les affaires. C’est ainsi qu’il obtint de l’empereur Ferdinand des lettres « portant inhibition d’appeler des sentences des Vingt-Deux, après qu’elles auraient été revues et discutées par les députés des états dans le conseil de l’empereur ou du prince. »

Il est permis de supposer que le marquis Jean de Berghes, qui résidait plus souvent à Liége qu’à Valenciennes, vint en aide à son frère dans ces circonstances. Ce fut auprès de Jean que le chapitre insista, dès le mois de mars 1562, pour décider l’évêque à remettre le gouvernement du pays aux mains d’un coadjuteur. Des documents authentiques, tout récemment signalés au public par M. Stanislas Bormans, nous apprennent que Jean et Robert luttèrent aussi longtemps qu’ils purent afin de maintenir le statu quo. Il y a là quelque mystère : peut-être la maladie de l’évêque ne fut-elle pas le véritable motif de sa démission. Quoi qu’il en soit, Jean gagna du temps sous divers prétextes, même après que le doyen Gérard de Groesbeek, nommé coadjuteur le 30 mars 1563, eut pris les rênes de l’administration, et que le pape eut consenti (7 janvier 1564) à la cession de l’évêché en faveur de ce dernier. Enfin il fallut céder : le 11 avril, l’abdication de Robert fut un fait accompli. Le dernier acte de ce prince avait été la promulgation des actes du concile de Trente, qui venait de terminer ses sessions. Robert se retira à Berg-op-Zoom, avec une pension de douze mille florins, qui ne lui fut pas accordée sans opposition. Il eut à peine le temps de jouir de ses loisirs forcés. — A l’époque où Sylvius écrivit sa chronique (1573), le corps de Robert n’avait pas encore été inhumé dans le caveau de la famille De Berghes : il y fut déposé plus tard.

L’art typographique fit son apparition à Liége sous Robert de Berghes. Une note du héraut d’armes Lefort, citée par M. U. Capitaine, nous apprend que Walter ou Gautier Morberius, imprimeur d’Anvers, « fut mandé à Liége par le magistrat en 1555, et établi par patentes premier imprimeur juré de la cité