Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/16

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le 14 juin 1769, mort à Paris, le 17 mars 1823. Il était issu d’une famille honorable et aisée de cette ville, inscrite d’ancienne date dans la corporation des tanneurs et dont une branche collatérale semble avoir occupé divers emplois dans la magistrature communale et par suite avoir appartenu à la noblesse patricienne. Son père, Georges-Jean Bauwens, et sa mère Jeanne van Peteghem, exploitaient une grande tannerie, située rue aux Vents, dans laquelle il vit le jour. Destiné à suivre l’état de ses parents, le jeune Bauwens donna de bonne heure des témoignages de son esprit inventif et de son goût pour la mécanique ; on prétend qu’à l’âge de douze ans, il avait confectionné les rouages d’une horloge et diverses autres machines. Toutefois, son père, qui avait treize enfants et qui comprenait la nécessité de les employer à une industrie lucrative, ne voulut point favoriser les dispositions de son fils ; il le chargea, bien que son éducation fût encore inachevée, de surveiller les ouvriers d’une autre tannerie qu’il avait dans la rue dite Huydevetters-hoek et l’envoya, dès qu’il eut dix-sept ans, en Angleterre, chez un riche tanneur nommé Undershell, pour s’y perfectionner dans la connaissance de la préparation des peaux. Pendant trois années Liévin Bauwens ne dédaigna pas de s’y livrer à un travail manuel rude et pénible. En rentrant dans sa ville natale, vers 1789, il y introduisit les nombreux perfectionnements qu’il avait eu l’occasion d’étudier et qui devaient apporter une modification complète dans le traitement des cuirs. Son père et ses frères l’aidèrent alors à fonder à Gand, au quartier du Nieuwland, dans un vaste couvent supprimé par Joseph II, une tannerie modèle, où les peaux étaient préparées, à la manière anglaise, dans cinq cent cinquante cuves de grande dimension.

Les procédés nouveaux que l’intelligent industriel mit en œuvre, lui permirent bientôt d’exporter ses produits en Angleterre et de faire concurrence, sur le marché de Londres même, aux meilleurs cuirs anglais. Les tiges de bottes sorties de ses ateliers étaient surtout renommées. Ou jugera en outre de la quantité des matières exportées de son établissement, quand on saura qu’il payait annuellement à l’Anglererre de 450 à 500,000 fr. de droits d’entrée. Ses fréquents voyages dans ce pays l’avaient du reste familiarisé de longue main avec les procédés mécaniques employés par les industriels anglais, ce qui lui permit d’obtenir des produits plus parfaits et à des prix plus modérés.

C’était surtout l’industrie de la filature du coton qui avait éveillé son attention ; son esprit observateur s’en préoccupait sans cesse. On raconte qu’au retour d’un de ses voyages, il disait souvent : « Je possède une fortune considérable, je veux la sacrifier à mon pays et le doter des nouvelles mécaniques dont les Anglais sont si fiers. » Toutes ses pensées se concentrèrent bientôt vers ce but. Les tendances envahissantes de l’industrie britannique, les peines comminées contre ceux qui exportaient les machines du Royaume-Uni, la difficulté de trouver des ouvriers habiles pour le seconder, les sommes à sacrifier pour exécuter ses hardis projets, rien ne le rebuta. Afin de réussir plus sûrement, il recourut à un stratagème qui faillit lui coûter la vie. Il acheta secrètement des machines servant à, la fabrication du coton par les Mull-Jenny, les fit démonter, et en cacha les parties, séparées à dessein, dans des caisses de sucre et des ballots de café. Il feignit alors d’entreprendre pour son propre compte un commerce de denrées coloniales et se disposa à faire partir ses marchandises ; mais l’état de guerre qui existait entre la France et l’Angleterre à la fin du siècle dernier défendait d’exporter ces denrées du Royaume-Uni vers le territoire occupé par la République française, dont la Belgique faisait alors partie intégrante. Bauwens ne recula point devant cet obstacle ; il obtint l’appui du Directoire qui, instruit sois main de son audacieux projet, se hâta de lui accorder l’autorisation de faire entrer ses marchandises en franchise de droits. Il fallait que le négociant improvisé inspirât une bien grande confiance au gouver-