Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/168

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ensuite la théologie a Douai et à Paris, reçut les ordres majeurs et fit enfin profession solennelle des quatre vœux à Armentières, le 2 février 1723. Comme il s’exprimait avec une grande facilité, ses supérieurs lui recommandèrent la prédication : il s’y livra pendant quatorze ans, dans toute la province gallo-belgique, avec un zèle qui faillit devenir compromettant pour sa santé. Il obtint alors l’autorisation de mener une vie sédentaire, et s’occupa dès ce moment de la composition des ouvrages historiques auxquels il est redevable de sa réputation. Il séjourna longtemps au collége de Luxembourg, passa de là chez ses confrères de Namur, et se retira en dernier lieu chez les jésuites de Liége, où la mort le surprit pour ainsi dire la plume à la main.

Lui-même s’est chargé de nous apprendre qu’il s’était senti entraîné de bonne heure vers les études historiques. Les ouvrages des pères Catrou et Rouillé, ceux de Longueval et de l’abbé Fleury furent ses modèles, quand il se mit à écrire à son tour ; mais il imita leurs défauts plutôt que leurs qualités : l’esprit de saine critique lui manquait, et il n’en était que plus tenace, une fois qu’il avait fait son choix entre deux opinions. Il se torturait l’esprit pour présenter les événements de manière à donner gain de cause au système dont il était infatué ; en outre, il se montrait d’ordinaire fort peu bienveillant envers les auteurs dont la manière de voir différait de la sienne[1]. Cependant il faut convenir que les continuateurs de la Bibliothèque historique de la France, D. Calmet et plus récemment Dewez, ont formulé sur son principal ouvrage, l’Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny, les uns des jugements trop superficiels, le dernier des appréciations trop dédaigneuses. Le savant évêque de Houtheim est plus équitable : Licèt quàm pluribus rebus exteris, dit-il, ad universalem magis quàm ad particularem historiam pertinentibus nos gravaverit auctor, atque insuper regulis criticis se modicè admodùm tinctum probaverit, in eo tamen illi debitores sumus, quòd ex Luxemburgensi principali archivo (quod ei patuit) probationum loco complures cartas aliaque non contemnenda monumenta ediderit, ad res harum partium, signanter verò ad monasticen superioris Archidiœcesis, apprimè facientia. Non-seulement Bertholet dépouilla consciencieusement les archives du conseil souverain de Luxembourg, mais il parcourut laborieusement celles des autres villes du pays et les bibliothèques des monastères, pour prendre connaissance et lever copie des chartes, diplômes et documents de toute espèce se rapportant à son sujet : les séries de pièces justificatives imprimées à la fin de chacun des huit in-quarto de son Histoire prouvent surabondamment que, s’il se trompa plus d’une fois et s’il céda trop aisément à des préventions ou à des préjugés, du moins il fit tout son possible pour s’éclairer et pour fournir aux autres les moyens de vérifier ses dires. Il ne faut pas le surfaire, mais on aurait tort de l’amoindrir et surtout de le traiter comme un compilateur inepte. Avec toutes ses imperfections, l’Histoire du Luxembourg est encore un livre précieux, ne fùt-ce que par le choix de documents qu’il renferme ; il l’est surtout depuis que la plupart des titres conservés par Bertholet n’existent plus en original. Il n’en est pas moins certain que ce volumineux travail n’eut aucun succès à l’époque où il vit le jour. Des circonstances toutes particulières concoururent à désappointer l’auteur. En désaccord avec ses supérieurs au sujet de la publication de son œuvre, manquant de fonds, ayant à vaincre des obstacles matériels sans cesse renaissants, Bertholet s’était engagé dans un labyrinthe d’où il ne put sortir qu’à force de persévérance. Cependant ses procédés paraîtront à bon droit étranges. Besoigneux qu’il était, et ne voulant pas s’adresser à ceux dont il relevait, il ne se faisait aucun scrupule d’emprunter leurs modiques épargnes à tous ses confrères de la province wallone. Ces sommes étant insuffisantes pour couvrir

  1. C’est ainsi qu’il n’a pas rendu justice à Jean Bertels († 1607), le premier qui composa une Histoire du Luxembourg (Cologne, 1607, in-4°).