Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/197

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remporta la meilleure victoire. Il ne crut pas s’abaisser en descendant aux plus touchantes supplications pour que le vassal s’arrêtât aux limites de la félonie et respectât li hounours l’empereour de Rome. Ou croirait entendre Nestor dans ces lignes d’une simplicité épique : « Ne mourons pas en haine mortelle les uns contre les autres. Si nous nous entre-guerroyons, les plus joyeux seront les griffons (les Grecs). Pour Dieu ! entendez raison ; si nous mettons arrière-dos la peur de notre sire, si nous ne craignons plus de méfaire, si nous commençons la guerre les uns contre les autres, je vous dis et fais savoir que toute la terre sera détruite, et nous perdrons tout ce que nous avons déjà conquis avec tant de peine. » Ces paroles vraiment pathétiques furent ensuite développées par Pierre de Douai, un autre trouvère-chevalier. L’empereur finit cependant par faire des concessions ; il accorda Négrepont et toute la terre qui va de Duras à Macre. Mais il fit une restriction mentale en citant le vieux dicton la forche paist le pré. « Sire, font li archevesque et li evesque de l’ost, nous vous en assoudrons de tout le meffait, et en prenderons tous les péchiés sur nous. »

Sauf quelques moments d’impatience que les naïfs chroniqueurs n’ont garde d’oublier, Quenes était toujours également prêt à donner un bon conseil ou un bon coup d’épée. Tel on le vit encore dans les contestations au sujet de Thèbes, de Corinthe et des nombreux fiefs de la Morée. Et en 1212, au fort de tous ces démêlés, il se plaît à envoyer à Béthune une charte où, prenant le titre de proto-camérier de Romanie, il fait des donations en faveur d’anciens serviteurs.

Vers 1213, il jouit enfin de quelque repos dans sa seigneurie d’Andrinople. L’empereur Henri, un peu calmé par l’âge, avait fini par gagner l’affection d’une partie de la population grecque, en tolérant ses rites religieux.

En 1216, l’empereur et son frère Eustache étant morts sans enfants, les barons réunis à Coustantinople nommèrent Quenes régent ou bail de Romanie. Il le fut encore en 1219 après la mort d’Yolande de Flandre, veuve de l’empereur Pierre de Courtenay. Sous la régence de cette princesse, il avait eu, comme sénéchal, la haute direction du gouvernement.

« Il fut choisi entre tous les barons, dit Ducange (Histoire de l’empire de Constantinople, t. I, p. 165), comme le plus capable de gouverner, et le plus vaillant et le plus expérimenté au fait de la guerre et à la conduite des armées, dont il avait donné des marques sous les empereurs Baudouin et Henri. » Durant cet interrègne, qui se prolongea à cause des ridicules voyages de Robert de Courtenay, Quenes préserva l’empire latin de nouvelles invasions. Il sut contenir Théodore d’Épire, et tint tête pareillement à Lascaris qui, ayant épousé une sœur de Robert, se prévalait de la longue absence de ce prince et réunissait des troupes en Asie pour reconquérir le trône de ses ancêtres. Quenes fit une dernière fois prévaloir sa fermeté prudente dans une contestation assez délicate. Elle concernait les immunités des fiefs et des dîmes que se disputaient la noblesse et le clergé de Thessalie. Au moment de la conquête, la plupart des domaines ecclésiastiques avaient été donnés aux gentilshommes. Un traitement fixe avait été accorde, par compensation, aux nouveaux titulaires des évêchés, des cures et des bénéfices. Sous les empereurs Henri de Hainaut et Pierre de Courtenay, les réclamations avaient été vives de part et d’autre, mais n’avaient pu aboutir. Enfin le troisième dimanche de carême de l’an 1219, en présence de Jean Colonna, cardinal et légat du saint-siége dans l’empire d’Orient, Quenes parvint à faire souscrire et sceller du sceau des barons une transaction qui fut longtemps en vigueur. Il fut décidé qu’une partie des biens de l’Église grecque serait cédée au clergé latin, et que notamment les églises cathédrales jouiraient de tous les biens dont elles jouissaient du temps de l’empereur Alexis Bambacorax.

En juin 1222, l’empereur Robert, nouvellement couronné, ratifia toutes les conventions arrêtées par le régent. Cette approbation solennelle fut un dernier