Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/20

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Gand s’associa tout entier à cette manifestation ; en même temps M. Faipoult, préfet du département de l’Escaut, exposait en termes flatteurs, dans son rapport fait à la session du conseil général de ce département en 1805, les services rendus par Bauwens à l’industrie, par la création de son nouvel établissement de Tronchiennes. Enfin, l’Institut de France, en décernant les prix décennaux de l’an 1810, n’hésita pas à dire que cet homme éminent avait naturalisé en France divers perfectionnements de l’industrie du coton. Un hommage non moins éclatant, non moins significatif lui avait déjà été rendu à cet égard, dans le rapport de Camus, que nous avons cité plus haut.

Lors de son passage à Gand, l’empereur Napoléon fit une visite à ses établissements (9 mai 1810), et la croix de la Légion d’honneur ne tarda pas à briller sur la poitrine de l’habile industriel qui était encore alors membre du conseil général du département de l’Escaut et en outre lieutenant-colonel de la garde d’ honneur à cheval.

Bauwens était arrivé à l’apogée des honneurs et de l’opulence. Entouré de la considération générale, béni par des milliers d’ouvriers qui lui devaient le bien-être et l’aisance, son nom était dans toutes les bouches au commencement de ce siècle. Tout à coup, par un de ces revirements subits, assez fréquents dans les destinées industrielles, la fortune le trahit. Engagé dans d’immenses entreprises, prodigue de ses richesses, trompé par une confiance aveugle dans ceux avec lesquels il était en relation d’affaires, Liévin Bauwens éprouva une suite de pertes considérables. Il fut entraîné par les dernières catastrophes du vaste empire auquel il avait associé ses destinées et ses espérances, et sa chute s’opéra, à la suite du changement de gouvernement, avec la même rapidité que s’était élevée sa grandeur. On était en 1814, à l’époque de l’entrée des armées alliées eu Belgique. Quoique l’actif de Bauwens excédât de beaucoup son passif, ses biens furent mis en vente ; mais les circonstances étaient si défavorables que la liquidation le ruina entièrement. Malgré ses malheurs il n’avait point perdu courage. Il résolut de faire face à la mauvaise fortune qui le poursuivait, et, en effet, il lutta contre elle jusqu’à sa dernière heure.

Il adressa successivement une pétition au roi Guillaume Ier, en 1816, en faveur de l’industrie cotonnière, et à l’infante d’Espagne, pour établir des filatures de coton dans ce dernier pays. Ces tentatives n’ayant point abouti, il tourna ses vues d’un autre côté et se mit à étudier le moyen d’employer les déchets ou bourre de soie, comme on le faisait pour les déchets de coton. Ses essais ayant réussi, il partit, en 1819, pour Paris, et obtint un brevet d’invention qu’il céda au baron d’Idelot, moyennant un intérêt dans la fabrication et 5,000 fr. d’appointements annuels. Il eut bientôt le bonheur de voir en pleine activité vingt-cinq moulins ou