Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/265

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de sa personne, fut rempli de la plus profonde tristesse, et peu s’en fallût qu’il ne tombât dans le découragement. Il exprime ces sentiments dans une lettre écrite de Louvain, le 31 juillet 1527, et adressée à son ancien directeur, Jean Meurisse, maître des novices à l’abbaye de Liessies. Cette lettre a été publiée par Bollandus dans les Acta Sanctorum januarii, t. I, p. 436.

Louis, qui accomplissait sa vingt et unième année, demeura encore environ trois ans à Louvain pour achever de se perfectionner dans les sciences ecclésiastiques. La mort de l’abbé Gippus, arrivée le 2 mars 1530, l’obligea à retourner à Liessies, où une nouvelle élection faite par les religieux l’éleva définitivement à la dignité abbatiale. Ordonné prêtre le 11 novembre de cette année, il célébra sa première messe le lendemain, et fut béni et installé abbé de Liessies le jour suivant, au milieu d’un grand concours de personnes de toute condition.

Par la faiblesse de caractère de quelques abbés, et surtout par les guerres continuelles qui, à cette époque, obligeaient souvent les religieux à prendre la fuite, la discipline monastique s’était relâchée. Le prédécesseur de Blosius avait déjà conçu le projet d’une réforme, mais n’avait pu, à cause des circonstances, le mettre à exécution. Dès le début de son administration, Blosius dirigea tous ses efforts vers la suppression des abus. Sept années s’écoulèrent sans qu’il pût atteindre le but qu’il poursuivait. Ce ne fut qu’en 1537 qu’il lui fut donné de poser les bases de la réforme si longtemps méditée, mais arrêtée par l’opposition de quelques anciens religieux. Voici en quelle occasion : La guerre qui éclata cette année entre François Ier et l’empereur Charles-Quint fit craindre un instant une invasion française dans les provinces méridionales des Pays-Bas. L’abbaye de Liessies, située sur les confins de la Belgique et de la France, fut abandonnée par les religieux, qui se dispersèrent pour aller chercher un asile dans différents monastères et dans les maisons de refuge fondées par l’abbé Gippus, à Mons et à Ath. Blosius se retira dans cette dernière résidence avec trois religieux, disposés à embrasser la réforme qu’il voulait opérer. Il vit bientôt, à sa grande joie, accourir de tous les côtés d’autres religieux fugitifs, qui demandaient aussi à suivre, dans sa rigueur primitive, la règle de saint Benoît. Leur nombre s’accrut de jour en jour, et Blosius, encouragé par ces succès, songeait à s’établir définitivement à Ath, lorsque l’empereur Charles-Quint, pressé par quelques-uns des religieux qui étaient retournés à Liessies, en 1538, après la conclusion de la trève, enjoignit à Blosius et à ceux qui se trouvaient avec lui à Ath, de rentrer à l’abbaye primitive. L’ordre de l’empereur fut exécuté aussitôt ; et, dès l’année 1539, Liessies reprit son ancienne splendeur. Guidé par de sages conseillers, le jeune abbé saisit l’occasion de son retour pour mitiger, en faveur de quelques religieux moins fervents, la réforme sévère dont il avait fait l’essai à Ath. Cet adoucissement apporté à la règle de saint Benoît produisit les plus heureux résultats. Aussi Blosius introduisit-il ce changement dans les nouveaux statuts qu’il rédigea pour sa communauté, statuts qui, après avoir été en vigueur durant l’espace de six ans, furent solennellement approuvés, en 1545, par le souverain pontife Paul III.

Blosius était le père et le modèle des religieux. Il brillait au milieu d’eux par l’éclat de ses vertus et par sa sainteté. Il fut un des premiers, en Belgique, à recommander les exercices spirituels institués par saint Ignace. Il se rendit auprès des pères de la Compagnie de Jésus, récemment établis à Louvain, pour y faire ces exercices sous leur conduite, et engagea plusieurs religieux de Liessies à suivre cet exemple. Dès ce moment, il témoigna aux Jésuites une affection et un dévouement sans bornes, n’épargnant aucune occasion pour les favoriser et les défendre auprès des grands et même à la cour. Témoin la lettre adressée, vers l’année 1559, à Viglius, président du conseil d’État, où il réfute les accusations dont les disciples de saint Ignace étaient