Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/31

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Namur et dans laquelle toute la famille des Beaufort, les sires de Gosnes, de Fallais et de Spontin, jouèrent un rôle si considérable. Quelle part Guillaume II prit à cette lutte, nous ne le savons pas, quoiqu’il n’y ait presque pas à douter qu’il n’ait fait là ses premières armes. Un témoignage positif, celui du poëte-chroniqueur Jean van Heelu, nous le montre parmi les guerriers qui figurèrent dans cette célèbre bataille de Woeringen, où le duc de Brabant Jean Ier conquit le duché de Limbourg. Guillaume II y suivit, avec les hommes d’armes de Spontin, la bannière de son suzerain Henri III, comte de Luxembourg, et son nom devait se rattacher à l’un des principaux épisodes de cette sanglante et mémorable journée du 5 juin 1288. En effet, on sait, d’après le récit que Van Heelu nous a laissé de cette bataille dont il fut un témoin oculaire (V. 7553), qu’après diverses alternatives la lutte avait pris un incroyable caractère d’acharnement et s’était transformée en une horrible mêlée. Dans la presse on vit le duc Jean et, le comte de Luxembourg se chercher l’un l’autre pour engager un combat corps à corps. Déjà celui-ci avait pénétré jusque dans le voisinage du duc, lorsque son cheval, atteint d’un violent coup de masse d’armes, l’emporta à quelque distance. Mais, ayant réussi, quelques instants après, à maîtriser son destrier, il revint à la charge, accompagné d’un écuyer à qui il avait fait lever la visière de son casque pour mieux le reconnaître dans la foule où ils étaient engagés. Cet écuyer était Guillaume de Spontin. Après quelques efforts, le duc et le comte se trouvèrent face à face. Déjà Henri de Luxembourg avançait le bras pour saisir Jean de Brabant et l’arracher de ses étriers, quand un varlet brabançon porta au cheval de l’adversaire de son maître un coup d’épée qui lui fit sortir les entrailles du corps. — « Meurtrier, qu’as-tu fait ? Tu vas me payer cela ! » s’écria aussitôt Spontin en se jetant sur le varlet du duc. Mais, enveloppé et percé de coups, il ue tarda pas à tomber, et ce fut par miracle qu’il échappa à la mort. Quelques instants après, la bataille fut gagnée par les Brabançons. Le comte de Luxembourg était mort, l’archevêque de Cologne était pris et tous leurs alliés mis dans une déroute complète. On suppose que Guillaume de Spontin fut au nombre des prisonniers luxembourgeois que la perte de la bataille avait fait tomber entre les mains du vainqueur. Quoi qu’il en soit, il succéda l’année suivante (1289) à son père comme sire de Spontin.

Si Guillaume de Spontin avait gagné ses éperons à la journée de Woeringen, son humeur batailleuse ue se laissa cependant pas entraîner jusqu’à s’immiscer dans la guerre d’Awans et de Waroux, bien que plusieurs membres de son parentage s’y trouvassent engagés. Un objet plus sérieux le préoccupait, c’était de concourir à cette ligue que l’aristocratie liégeoise forma, en 1312, pour essayer de contrarier le mouvement démocratique qui, grâce à la faiblesse de l’autorité épiscopale, se manifestait de plus en plus. Bien qu’il fût homme lige du comté de Luxembourg, il entra dans la confédération des seigneurs liégeois à raison des droits qu’il conservait dans la principauté épiscopale comme étant des Beaufort-sur-Meuse. On sait comment cette ligue fut détruite, pendant la nuit du 3 au 4 août 1312, et le massacre, connu, dans l’histoire de Liége, sous le nom de la Mal Saint-Martin, atteste le triomphe de l’élément démocratique. Guillaume de Spontin fut du nombre des seigneurs qui échappèrent à ce carnage.

Le pouvoir des patriciens était brisé ; mais leurs prétentions de caste n’étaient pas amoindries. Ils formèrent successivement plusieurs nouvelles confédérations qui furent également impuissantes et auxquelles la célèbre paix de Fexhe, conclue le 18 juin 1316, mit un terme définitif. Deux années auparavant, une trêve ayant été conclue à Saint-Trond, et les habitants de Huy en ayant été exclus, ceux-ci se crurent trahis par l’aristocratie dont ils avaient épousé la cause. C’en fut assez pour les décider à se répandre dans le Condroz où ils exercèrent les plus affreux dégâts. Bientôt les Dinantais se mirent de la partie et vinrent planter le siége devant le château de Spontin. Cette for-