Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/42

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la vanité de ces espérances. De Beaulieu ayant reçu du conseil aulique l’ordre positif de prendre l’offensive, fit faire à son armée un mouvement malencontreux qui portait sa gauche renforcée sur Gênes, tandis que son centre restait dégarni. Le général Bonaparte profita habilement de cette faute : il porta ses masses contre le centre dégarni de son adversaire et parvint à séparer l’armée autrichienne de l’armée sarde. Beaulieu établit son quartier-général à Acqui, et après d’inutiles efforts pour secourir ses alliés à Mondovi, il dut se replier sur le Pô. Espérant encore couvrir Milan et défendre Mantoue, il s’établit sur la rive gauche de l’Adda et livra au pont de Lodi une bataille qui lui fit honneur, mais qui n’arrêta pas cependant le cours des succès de Bonaparte.

Il se retira alors derrière le Mincio ; mais la cour le rendit responsable de revers qu’on aurait dû attribuer en grande partie à l’insufiisance des moyens mis à sa disposition, et il fut invité à céder son commandement au feld-maréchal Wurmser (juin 1796). Il se retira près de Lintz, dans ses propriétés, où il vécut dans la retraite pendant vingt-deux années encore.

Napoléon a dit avec justice, du général De Beaulieu, que c’était un officier distingué qui avait acquis de la réputation dans les campagnes du Nord (Mémorial de Sainte-Hélène). De Beaulieu avait, en effet, de brillantes qualités ; il était réputé pour son courage et pour son caractère entreprenant ; il savait faire manœuvrer avec une habileté peu commune des corps nombreux ; il possédait surtout l’art de parler au soldat, de l’électriser ; très-souvent, il en a obtenu des prodiges d’audace et de dévouement. Dans la campagne d’Italie, il n’a pas su enchaîner la victoire ; son étoile a pâli en face du génie de Napoléon ; mais ce revers ne saurait obscurcir la gloire dont il couvrit son nom pendant cinquante années de fidèles et éclatants services. On croit que le général De Beaulieu avait rédigé des mémoires sur ses campagnes, mais on ignore ce que sont devenus ces documents, qui révéleraient problablement des particularités du plus haut intérêt, sur les événements auxquels il s’est trouvé mêlé.

Général Guillaume.

Stassart, Notices biographiques. — Guillaume, Histoire des régiments nationaux belges pendant les guerres de la révolution. — Jomini, Histoire des guerres de la révolution française.

BEAUMONT (Jean DE), était fils de Jean d’Avesnes, comte de Hainaut, et de Philippe de Luxembourg. Il posséda non-seulement la seigneurie de Beaumont, mais aussi celles de Valenciennes et de Condé, et épousa Marguerite, fille de Hugues comte de Soissons, dame de Chimay, dont il eut une seule fille nommée Jeanne, femme de Louis de Châtillon, comte de Blois. La vie de Jean de Beaumont présente une suite non interrompue de combats et d’aventures, qui le placent au premier rang des preux du moyen âge, et par un contraste digne d’être remarqué, il s’associa tour à tour à l’élévation et aux triomphes d’Edouard III, aux épreuves et aux malheurs de Philippe de Valois. Ce fut en 1326 qu’il entreprit, avec quelques chevaliers du Hainaut, de rétablir sur le trône d’Angleterre la reine Isabelle, qui s’était retirée en France avec son fils et le comte de Kent, pour se dérober à la domination de Hugues Spencer, favori d’Edouard II. « Pour ce temps, dit Froissart, estoit messires Jehans de Hainnau en la droite flour de sa jonèce et de si grant volonté que nuls chevaliers pooit estre et ne resongnoit painne, ne péril qui li peuist avenir. »

Le départ de l’expédition eut lieu à Dordrecht, mais une tempête la dispersa et obligea les chevaliers du Hainaut à aborder dans le comté de Suffolk, sur une plage inconnue. La reine d’Angleterre et son fils couchèrent pendant trois nuits sur la bruyère. Enfin on découvrit la célèbre abbaye de Sint-Edmundsbury, où l’on prit un peu de repos, et des messagers allèrent réclamer l’appui des barons et des communes d’Angleterre. Jean de Beaumont fut bientôt rejoint par le maire de Londres, qui conduisait deux mille hommes d’armes et quatre mille archers, par le comte de Lancastre et par les plus puissants seigneurs du Northumberland.