Page:Bladé - Contes populaires de la Gascogne, t. 1, 1886.djvu/184

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Le fils du roi alla chercher de l’eau de source, et baptisa le Roi des Poissons, au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

— « Porcher, merci. Dans sept ans, je mourrai pour aller tout droit en paradis. Porcher, tu m’as fait un grand service, et j’entends te le payer. Écoute. Quand tu auras besoin de moi, retourne ici, avant le lever du soleil. Tourne-toi vers la mer grande, et crie trois fois : « Roi des Poissons ! Roi des Poissons ! Roi des Poissons ! » Tu ne m’attendras pas longtemps, et je te tirerai de peine. »

Et le Roi des Poissons plongea dans la mer grande.

Le soir, à souper, le métayer, qui revenait de la foire, devisait de ce qu’il y avait vu et entendu.

— « Porcher, il se passe de tristes choses en France. La peste noire est en ce pays. Chaque jour, les gens y crèvent par milliers, et pourrissent au soleil, mis en pièces par les chiens et les corbeaux. On dit que le vieux roi de France en meurt de peine. Qu’y faire ? Pour chasser la peste noire, il faudrait planter, dans le parterre du roi, la Fleur Dorée, la fleur de baume, la fleur qui chante comme un rossignol. Mais cette fleur, sans pareille au monde, est dans une île de la mer grande. Autour de l’île, grondent nuit et jour l’orage et la tempête. Les pauvres mariniers qui