Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/49

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sait de la détruire, en refusant enfin aux députés, maintenant qu’il s’agissait d’abolir un privilège odieux, ce pouvoir constituant qu’on n’avait eu garde de leur contester lorsqu’il s’était agi de pousser sous le joug d’une dynastie nouvelle le peuple victorieux, mais incertain et lassé.

Il y avait dans la logique de ces plaintes quelque chose de déloyal. Car, après tout, le moyen que l’Opposition repoussait avec tant d’emportement était peut-être le seul qui pût conduire sans secousses au but qu’elle brûlait d’atteindre. Mais Casimir Périer donna raison à ses ennemis, lorsque, s’étant rendu le 22 novembre à la chambre des pairs, il ne craignit pas de caractériser en ces termes l’ordonnance du 20 novembre : « Il ne s’agit pas ici d’une simple question de majorité, car il y a toujours dans cette chambre une majorité tout acquise à une détermination patriotique, c’est plutôt une respectueuse précaution contre votre générosité personnelle, qui aurait imprimé à la résolution de la chambre plus encore le caractère d’un acte de dévouement que celui d’un acte purement législatif. » De sorte qu’une mesure présentée ailleurs comme un moyen de désarmer l’égoïsme de la pairie, était présentée ici comme un pur hommage rendu à sa générosité. Triste manège qui n’avait pas même le mérite d’un mensonge habile ! Manège honteux, où se trouvait également compromises et la probité du ministre et la dignité de l’homme !

Ainsi, le désordre était dans les esprits et dans les affaires ; le ministère courait tête baissée, et par la