Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/63

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était, fut vivement blâmée par les fabricants et considérée comme un abus de pouvoir. Les ouvriers, à leur tour, virent presque un bienfait dans ce qui n’était qu’une stricte et nécessaire exécution des lois de la justice.

Le 21 octobre, une nouvelle assemblée fut convoquée à l’hôtel de la préfecture. Les vingt-deux fabricants que la chambre de commerce avait désignés s’y trouvèrent en présence des douze délégués de la classe ouvrière. Mais les fabricants firent observer qu’ayant été nommés d’office, ils ne pouvaient engager leurs confrères. Les délégués des ouvriers, de leur coté, devaient faire porter leur nombre à vingt-deux. Une troisième réunion fut alors indiquée, pour que les fabricants eussent le temps de nommer des fondés de pouvoir. La crise, cependant, devenait de plus en plus menaçante ; de nombreux rassemblements d’ouvriers se formaient chaque soir sur les places publiques ; des orateurs populaires allaient parcourant les groupes, faisant ressortir ce que cachaient de cruel tant de lenteurs, et demandant avec véhémence si, pour rendre justice à l’ouvrier, on voulait attendre que la faim l’eût rendu tout à fait incapable même de se plaindre. Le 25 octobre avait été fixé pour la discussion définitive du tarif. Ce jour là, dès dix heures du matin, un spectacle étrange et touchant fut donné à la ville de Lyon. Une multitude immense descendit en bon ordre et silencieusement des hauteurs de la Croix-Rousse, traversa la ville, et couvrit les places de Bellecour et de la préfecture. C’était la foule affamée des travailleurs qui venait apprendre son sort. Ils restèrent