Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/69

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Grâce à la faiblesse ou à l’aveuglement des autorités, aucune de ces dispositions ne fut exécutée. Le maire de la Croix-Rousse était tombé dans une sécurité fatale ; et quant au général Roguet, il répondait en ces termes à la notification des mesures prises par l’assemblée :

« Monsieur le Préfet,

Il était inutile de m’écrire et de m’envoyer une réquisition sur les dispositions à prendre pour la journée de demain ; tout ce dont vous me parlez était déjà arrêté entre MM. les maires de Lyon, de la Croix-Rousse et moi. A cet égard, comme dans ma détermination bien prononcée de maintenir la tranquillité dans Lyon, vous pouvez être sans inquiétude. »

Le lieutenant-général se faisait sur sa force de bien étranges illusions. La garnison lyonnaise n’allait pas à trois mille hommes ; elle se composait du 66e de ligne, de trois escadrons de dragons, d’un bataillon du 13e et de quelques compagnies du génie. Encore ne pouvait-on compter sur le 66e de ligne, qui avait été formé après la révolution de juillet, avec les débris de la garde royale mêlés à des citoyens qui s’étaient battus contre Charles X ! M. Bouvier-Dumolard en avait écrit au ministre en termes pressants ; mais le ministre, absorbé par des intrigues de portefeuille et de parlement, n’avait pas cru devoir faire droit à ces réclamations, non plus qu’à celles qui portaient sur la mésintelligence de l’autorité militaire et de l’autorité civile. Cette imprévoyance fut, hélas ! expiée par d’autres que ceux qui en étaient coupables : après la journée du 20 novembre, beaucoup s’endormirent, à Lyon, pour qui cette nuit là fut la dernière !