Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/118

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venue lui prouver qu’à côté de là police ministérielle il y avait une autre police que de motifs de dégoût Attaqué par la presse, combattu par le roi, aiguillonné par l’Angleterre, trompé par les autres Cabinets de l’Europe, il était naturel que la fatigue le prît. Aussi tourna-t-il les yeux vers l’Italie, où sa vive imagination l’appelait et où il voulait pendant quelques mois oublier les tourments de la politique. Mais, comme les négociations pour là formation du nouveau Cabinet traînaient eh longeur, il s’en plaignit. Il tremblait que, durant l’interrègne ministériel, il ne survînt en Espagne quelque malheur de nature à engager sa responsabilité. Selon le roi, le devoir d’un ministre était de rester aux affaires jusqu’à ce qu’on lui eût trouvé un successeur mais à cela M. Thiers répondait avec raison que, si on lui laissait la responsabilité du pouvoir, il devait en exercer les fonctions, et qu’il lui était loisible, tant qu’il n’était pas remplacé, de faire entrer, si bon lui semblait, une armée en Espagne.

Le roi craignit un coup de tête de la part de M. Thiers, il pressa la négociation, et en fit connaître enfin le résultat. Mais, n’ayant garde de se faire un ennemi d’un homme qui venait d’être ministre, il manda M. Thiers, le reçut à Neuilly avec un empressement affectueux, l’accabla de caresses, et, par quelques mots prudemment hasardés, lui laissa entrevoir la route qui ramène au pouvoir. M. Thiers prit congé du monarque, de la reine, et partit pour l’Italie, laissant à ses successeurs une autorité sans indépendance et des honneurs qui devaient finir par n’être plus qu’une servitude pompeuse.