Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/156

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Les Turcs, cependant, avaient pu étendre jusque sur les tribus du Sahara le joug de leur aristocratie militaire ils y étaient parvenus par une savante combinaison de la violence et de la ruse. Habiles à profiter de l’ascendant que leur donnait sur une population musulmane le titre de chef suprême des croyants accordé à l’empereur de Constantinople, ils avaient su obtenir des indigènes une obéissance fondée sur l’opinion, et telle que le fatalisme la comporte. D’un autre côté, trouvant des tribus profondément divisées entre elles, ils s’étaient imposés par le besoin d’une sorte d’unité protectrice, avaient enflammé les haines locales au lieu de les éteindre, et s’étaient rendus de la sorte aussi nécessaires qu’odieux.

Mais des moyens de ce genre ne convenaient pas aux Français, représentants de l’idée chrétienne. Le succès, pour eux, était au prix de la justice, et, grâce au ciel, ils ne pouvaient déshonorer leur conquête sans risquer de la perdre. Les Turcs avaient divisé les Arabes pour les opprimer la France se devait de les gouverner en les rapprochant mission noble, et d’autant plus facile, que le premier besoin des Arabes était celui d’un gouvernement tutélaire, vigoureux et juste ! Il était donc permis d’espérer qu’au lieu d’entreprendre contre les indigènes une guerre d’extermination, la France essaierait de les soumettre à l’empire moral de son génie qu’elle songerait à coloniser l’Afrique sans toutefois négliger les moyens de l’occuper militairement et qu’à la suite de ses soldats, après une démonstration puissante et décisive, elle enverrait dans l’Algérie