Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/160

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core, harceler les colonnes en marche, couper la tête aux blessés gisant sur le chemin : ce sont leurs batailles et leurs triomphes.

Le maréchal Clauzel n’eut pas plus tôt mis pied sur la terre d’Afrique, qu’il déclara la France héritière légitime du dey dont elle avait su châtier l’insolence. Puis, il conçut le projet de porter le drapeau français jusqu’aux limites atteintes par les Turcs. Son système était de jeter garnison dans certaines villes importantes, de les lier l’une à l’autre par des camps retranchés, et d’opposer aux beys ennemis qu’il nous serait impossible de supplanter directement, des beys indigènes relevant de nous.

La dernière partie de ce système était, on le voit, empruntée aux Turcs, et elle présentait des inconvénients graves. La gloire était petite, en effet, qui consistait à chercher dans la propagation du trouble et de l’anarchie des moyens de gouvernement. Et ne devait-on pas prévoir qu’aux yeux des Arabes, toute investiture par des chrétiens, c’est-à-dire par des infidèles, serait un objet d’horreur ou de mépris que les beys de création française passeraient pour des traîtres, pour des apostats que la nécessité de les soutenir nous entraînerait à des expéditions fatales, et qu’obligés, à leur tour, de s’imposer violemment, ils engageraient peut-être l’honneur de la France dans la responsabilité des actes les plus iniques et les plus honteux? Mais quel parti prendre? Renoncer à faire sentir la main de la France sur chaque point du territoire, c’était compromettre la conquête. Se montrer partout à la fois… il aurait fallu pour cela un déploie-