Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/214

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momentanément l’adversaire du pouvoir, bien que fonctionnaire public. M. Dupin répondit avec une aigre éloquence. Ce fut le dernier épisode de la discussion. Le scrutin est interrogé et la loi rejetée par 211 voix contre 209. Alors montèrent jusqu’aux voûtes des cris d’enthousiasme que, depuis long-temps, on n’avait pas entendus. Les députés échangeaient des félicitations passionnées des mains qui ne s’étaient pas levées pour les mêmes serments se cherchaient, se pressaient avec effusion, et les femmes agitaient leurs mouchoirs du haut des tribunes.

Une crise ministérielle paraissait inévitable. Et pourtant la note suivante parut dans le journal ministériel du soir : «Le ministère du 6 septembre ne se retirera pas devant le vote de la Chambre. Il voulait renforcer la discipline de l’armée et prévenir le retour d’affligeants désordres : les mesures qu’il proposait ayant été rejetées, ce n’est pas sur lui que retombe la responsabilité.» Mais, évidemment, une crise approchait.

Or, tandis qu’elle se préparait dans le palais du roi, la défiance et la misère envahissaient tout. De chaque point du royaume venaient de tristes nouvelles. A Rouen, les filatures languissaient, après avoir chômé une partie de l’hiver les ouvriers teinturiers ne travaillaient presque pas et, quant aux tisseurs, ils souffraient cruellement d’une récente diminution de salaire; plusieurs ouvriers sans emploi avaient porté leurs livrets à la mairie; quelques-uns étaient occupés par la ville à des travaux de balayage rapportant douze sols par