Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/26

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MM. Philippe Dupin et Marie s’étaient rendus, après l’arrêt, dans la prison de Pépin. Ils le trouvèrent dans sa camisole de force et au milieu de ses gardiens, aussi calme, aussi maître de lui que s’il eût été libre et environné de sa famille. Il les entretint de ses affaires privées avec une netteté d’esprit et une précision de langage qui les étonna.

Morey avait été tel jusqu’alors, qu’il ne pouvait étonner personne en se montrant incapable d’être ému. On avait imaginé un moyen détourné pour lui faire tenir du poison, il répondit « J’aime mieux être guillotiné; je veux que mon sang leur coule sur la tête. »

Quant à Fieschi, il conservait toujours l’espoir d’avoir la vie sauve. Et comment n’aurait-il pas espéré ? Entouré de soins prévoyants, de complaisances empressées, il pouvait se croire des admirateurs. On lui demandait son portrait, on recueillait précieusement ses facéties, on attendait de lui des mémoires, on s’arrachait ses autographes, devenus pour sa maîtresse l’objet d’un commerce lucratif Et il y en avait, même parmi ses juges, qui brûlaient d’avoir de son écriture, de posséder ses fautes d’orthographe. Il y a plus recevoir la fille de son ancienne concubine, Laurence Petit, passer avec elle des heures entières, prendre avec elle ses repas, voilà ce qu’on lui permettait !

Ajoutons qu’il n’était pas de forme qu’il ne donnât à son repentir; jusque-là qu’il écrivit un jour à