Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/28

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funéraire, Fieschi n’avait cessé de diriger vers la porte des regards inquiets il s’écrie enfin « Mais M. Lavocat! est-ce que M. Lavocat ne vient pas ? » On lui répond qu’il ne doit point s’y attendre. Alors, l’œil en feu, le visage crispé, le corps animé d’un mouvement convulsif, furieux, effrayant, il s’écrie « Ah! si M. Lavocat ne vient pas, je meurs damné ! »

Trois voitures, qui devaient transporter les condamnés et les abbés Grivel, Gallard et Montès, leurs confesseurs, stationnaient dans la cour de l’Orangerie. Au moment où Fieschi montait dans celle qui lui était réservée, le colonel de Pozac lui cria « Fieschi, pense à Dieu, et souviens-toi du soldat de Gaëte.» Fieschi expliqua aussitôt à son confesseur qu’il s’agissait d’un soldat corse qui, au siége de Gaëte, avait déployé un courage prodigieux. Lui-même, au reste, il fit preuve, durant tout le trajet, de la plus grande intrépidité. Croyant la conserver, il avait tenu à la vie, mais, rendu à l’affreuse certitude, il contemplait la mort sans trouble. « Je devrais être superstitieux, disait-il à l’abbé Grivel dans la voiture qui le traînait à l’échafaud; car, lorsque j’étais en Calabre, une bohémienne me prédit que je mourrais un jour guillotiné et l’âme contente elle ne m’a pas trompé. »

Vers huit heures, le lugubre cortège arrivait sur le lieu du supplice. Le triple rang de soldats qui en barrait l’entrée s’ouvrit pour livrer passage aux condamnés et se referma. Pépin, Morey et Fieschi descendirent de voiture. Morey, courbé par les souffrances physiques, s’avançait à demi porté par deux gardes.