Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/33

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moyen de la France, il se serait élevé peut-être, dans son rôle de modérateur, au-dessus de la gloire des plus illustres conquérants, et, du moins autant que cela se peut dans une monarchie, il aurait fondé la grandeur de sa maison sur celle de son pays.

Ce fut une politique toute contraire que crut devoir suivre, dès l’origine, la royauté de juillet. Pour se concilier les Puissances continentales, elle déclara au génie révolutionnaire dont elle était issue la guerre la plus acharnée. Or, c’était se priver d’un appui pour acheter un patronage c’était tomber du rôle de modérateur à celui de vassal c’était encourager dans les souverains d’injustes caprices, après avoir perdu la force qui aurait servi à y résister; c’était, enfin, pour ce qui concernait la dynastie à établir, la miner au dedans par l’impopularité et au dehors par la dépendance. Double danger ! double folie !

Et cependant, chose incroyable, les inspirateurs de cette politique sans intelligence s’étaient donnés pour des hommes habiles. Mais les faits ne permettent pas long-temps que les peuples s’abusent au point de prendre les calculs de l’égoïsme pour de l’habileté, et la ruse pour du génie. La vérité est que l’égoïsme accuse un esprit borné encore plus qu’un cœur sec. La ruse n’est qu’un procédé de l’impuissance, qu’une ressource de la médiocrité.

Voilà ce dont M. Thiers put aisément se convaincre dès son avènement à la présidence du Conseil. A cette époque, tout faisait silence autour du trône de Louis-Philippe : plus d’insurrections,