Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/515

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rait la possession des instruments de travail, qui instituerait le pouvoir banquier des pauvres, qui, en un mot, abolirait l’esclavage du travail. En une telle entreprise il y aurait équité et sagesse, intelligence et charité. Retrempée dans le peuple et raffermie par son concours, la bourgeoisie tirerait de sa sécurité reconquise des ressources incalculables. Pacifiquement et à jamais victorieuse de l’esprit de sédition, elle ne craindrait pas, tournée vers l’Europe des rois, de rendre à la France la parole et le geste du commandement. Elle acquerrait, d’ailleurs, en devenant la nation, toutes les vertus qui lui manquent. Car, si elle a beaucoup à donner au peuple, elle a beaucoup aussi à recevoir de lui. Elle lui peut donner l’instruction, la vraie liberté, et les trésors qui en découlent; elle recevra de lui l’énergie, la puissance des mâles instincts, le goût de la grandeur, l’aptitude au dévoûment. Précieux échange qui sauverait, qui relèverait notre pays par l’harmonieux emploi des volontés et des vertus de tous ses enfants !

Pour nous, nous n’avons cessé de nourrir et nous chérissons cette virile espérance. Elle nous a soutenu dans une œuvre si remplie de tristesse et si amère. En traçant le tableau de tant de malheurs, nous nous disions qu’ils n’étaient pas irréparables que pour y mettre un terme il fallait se résigner à la douleur d’en connaître les causes et l’étendue; qu’un jour viendrait où cesserait la longue folie de nos querelles intestines; qu’à nos déchirements succéderait la fraternité, source de toute force durable et de toute justice; que la France enfin reprendrait,