Page:Bloy - Belluaires et porchers, 1905.djvu/382

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à douze millions, a été légué à l’empereur d’Autriche pour y loger son ambassadeur. Que pensez-vous, sérieusement, d’une agonisante, « mère des pauvres », qui leur préfère un tel héritier ?

Mais voici une chose terrible et qui dément un peu la légende propagée par tous les journaux.

Le pauvre crevait très-bien à la porte de ce même hôtel où des galas si fameux furent octroyés au Bourbon lacustre qu’on y hébergeait et aux pédoncules académiques de ce lys flétri flottant sur les eaux impures.

Un huissier poli, mais inexpugnable, avait la consigne de refuser tout message, sans exception. Les lettres, même recommandées ou chargées, étaient exactement retournées à l’envoyeur par l’employé de la poste qui avait, sans doute, lui aussi, sa consigne. Certains déshérités lamentables, jobardement abusés par la réclame éhontée de quelques larbins du reportage et qui avaient mis en cette bienfaitrice leur suprême espoir, en sont morts de rage et j’en pourrais citer un exemple affreux.

J’imagine que cette muraille de la Chine aux assises bardées d’airain, dressée entre les pieds nus de l’indigent et l’hôtelière attentive des princes, n’a pas dû monter jusqu’au ciel pour y offusquer aussi le Dieu des pauvres, et je crains, s’il faut tout dire, que la seule clameur d’agonie d’une orpheline au désespoir ait été mieux entendue d’un certain Juge, que les fanfares d’apothéose de l’universelle domesticité.