Page:Bloy - Belluaires et porchers, 1905.djvu/381

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de la couronne de France exprima le plus aigre mécontentement.

Et le choix de ses familiers littéraires ! Thiers, Mignet, Marmier, Caro, Barthélemy Saint-Hilaire, le duc de Broglie, enfin toute la Revue des Deux-Mondes et toute la rédaction des Débats ! Elle ne s’est jamais douté qu’il pût exister quelque chose en dehors de l’Académie et le nom seul d’un écrivain sans livrée lui eût fait horreur. Qu’espérer d’un pareil cerveau ?

Elle recueillit, un jour, dans son hôtel, à la recommandation de Marmier, un grimaud quelconque de l’École des Chartes, une sorte de fruit sec républicain que sa puissante protection n’a pu tirer du néant. Tel était son discernement et son Mécénat. Baudelaire, tué par la misère, et Flaubert, mort sans un sou, n’auraient obtenu que son mépris. Elle avait exactement les goûts littéraires d’une petite bourgeoise et aurait fait la compagne d’élection d’un parfait notaire ou d’un chef de bureau de l’Assistance publique. Il eût été beau pourtant, puisqu’on était une si grande dame, de fronder les préjugés imbéciles de son milieu et d’établir dans le sillage de sa traîne de quasi princesse, un courant nouveau qui rénovât l’intellectualité d’un monde déchu. Mais ce n’est, à coup sûr, ni le troglodyte Marmier, ni le blanchâtre professeur Caro qui eussent pu lui ouvrir l’entendement et l’incliner à ce genre de magnificence.

On sait que l’hôtel de la rue de Varenne, évalué