Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/138

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nommait Justine D… et mourut à vingt-huit ans, dans le plus horrible désespoir.

Un tiers de cette existence trop longue fut exclusivement et vainement employé à la conquête d’un pauvre homme jugé par elle supérieur, qu’elle adora jusqu’au crime et dont elle voulut, à quelque prix que ce fût, devenir la femme. Notre fin de siècle amincie et spiraliforme, comme la queue d’un porc, doit offrir peu d’exemples d’un pareil ensorcellement.

Le miracle, c’est que cette fleur de passion, cette passiflore d’amour s’était développée dans l’humus le plus réfractaire, dans les conditions les plus défavorables qui se puissent imaginer.

C’était une de ces vierges au cordeau, telles que le commerce des tissus ou le monopole des salaisons nous en conditionne, engendrée du flanc estimable d’un négociant qui avait toujours payé recta.

Élevée, par conséquent, dans l’horreur sage des constellations et des auréoles, on devait naturellement ne supposer rien de plus rectiligne que ses sentiments ou ses transports.

Son cœur avait été cultivé comme un jardin potager de peu d’étendue où les moindres plates-bandes seraient calculées pour le pot au feu. Pas de ces fleurs inutiles dont l’éclat frivole ne profite pas. Tout au plus quelques violettes en bordure des haricots et de la salade, pour ne pas exiler complètement la poésie.