Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/153

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— Viens donc chez moi, gros polisson, j’ai un bon feu et un bon lit. Tu verras que tu ne t’en repentiras pas, reprenait l’une.

— Ne fais pas de peine à ton ange gardien, murmurait l’autre.

Involontairement, il prononça tout haut cette recommandation pieuse qui avait rempli son enfance.

La quémandeuse, à ces mots, reçut une secousse et se mit à trembler. Levant sur lui ses vieux yeux liquides, sanguinolents, ― miroirs éteints qui semblaient avoir reflété toutes les images de la débauche et toutes les images de la torture, ― elle le regarda avidement, de ce regard effroyable des noyés qui contemplent, une dernière fois, le ciel glauque, à travers la vitre d’eau qui les asphyxie…

Il y eut une minute de silence.

— Monsieur, dit-elle enfin, je vous demande pardon. J’ai eu tort de vous parler. Je ne suis qu’un ancien chameau, une paillasse à voyous, et vous auriez dû me jeter à coups de pied dans le ruisseau. Rentrez chez vous et que le Seigneur vous protège.

Maxence confondu la vit aussitôt s’enfoncer dans les ténèbres.



Elle avait raison, après tout, il fallait rentrer. L’attardé se dirigea donc vers le boulevard de Gre-