Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.





Il faudrait être le dernier des hommes pour ignorer ou ne pas sentir à quel point le divorce élève les cœurs. Mais on est en même temps forcé de reconnaître que ce n’est pas exactement une institution de crédit, et madame Presque était, suivant son expression familière, gênée dans les entournures.

L’argent avait disparu à la même heure que M. Vertige. Il avait disparu comme dans un gouffre, et cette circonstance devait certainement, aux yeux du penseur, être pour quelque chose dans l’actuelle mélancolie de l’abandonnée.

Ses expéditions amoureuses ne lui avaient pas été profitables. Il s’en fallait. Dans sa crainte vraiment puérile de paraître se prostituer, elle avait expérimenté l’admirable désinvolture avec laquelle messieurs les hommes souffrent qu’on les allège du poids importun des additions, et ce n’étaient pas les inconstants ou les ingrats régalés par elle autrefois qui s’empresseraient aujourd’hui de la secourir. On ne se bousculait pas dans l’escalier de l’hôtel meublé de dixième ordre qui avait remplacé l’appartement confortable de naguère, et la question de subsistance quotidienne commençait à pendre.

Au plus fort de cette anxiété, une idée rafraîchissante passa sur elle comme une brise de parfums sur les lieux arides.