Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/227

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pas deviner que vous lui feriez la grâce d’un si matinal bonjour.

— Madame, le soleil est levé depuis cinq heures et plusieurs millions de chrétiens ont déjà souffert. Beaucoup d’entre eux agonisent et se désespèrent, à la minute que voici… répondit assez rudement le missionnaire. Je ne serais pas venu vous troubler si tôt, ni même plus tard, croyez-le bien, si l’honneur de Dieu ne m’en avait fait un devoir pressant............

Je vous dois une nuit cruelle, madame, et ce matin, il m’a semblé qu’un ange terrible me traînait par les cheveux jusqu’à votre seuil. Je suis ici pour vous demander si vous êtes préparée à la mort.



La jolie femme éclata de rire.

— À la mort ? Mais c’est admirable, cela ! Ai-je l’air d’une agonisante ? Ou me prenez-vous pour une criminelle qu’on va guillotiner au point du jour ? Et c’est pour me dire cela que vous me forcez à sortir du lit à neuf heures du matin, comme une balayeuse des rues ? C’est pour placer ce folâtre petit mot que vous vous êtes dérangé vous-même ? Ah ! çà, voyons ; mon cher père, êtes-vous dans votre bon sens ?

— Je pourrais vous faire la même question, madame, et je la ferais sans doute bien vainement… Je