Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/267

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l’infortuné veuf exhala d’abord, avec impétuosité, les gémissements et les sanglots que recommande la nature.

Quand il eut payé ce premier tribut — pour me servir d’une expression qu’il affectionnait — il voulut, préalablement à la cérémonie des obsèques dont la bousculade certaine le crispait d’avance, mettre en ordre lui-même les reliques de l’adorée.

C’était là que sa destinée marâtre l’attendait. Le labarum dérisoire des Tertulliens lui apparut.

Dans un tiroir mystérieux d’un meuble intime que le plus ombrageux mari ne se fût jamais avisé de soupçonner, il découvrit une correspondance volumineuse autant que variée qui ne lui permit pas de se cramponner une seconde.

Tous ses amis et connaissances y avaient passé. À l’exception de moi seul, tous avaient été chéris de sa femme.

Ses employés même — il trouva des lettres d’employés sur papier rose — avaient été simultanément gratifiés.

Il acquit la certitude que la défunte l’avait trompé nuit et jour, quelque temps qu’il fît, à peu près partout. Dans son lit, dans sa cave, dans son grenier, dans sa boutique, jusque sous l’œil du gruyère et dans les effluves du roquefort ou du camembert.

Inutile d’ajouter que cette correspondance mal-