Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



— On a dû quelquefois vous parler d’Ève, qui est la Mère du genre humain. C’est une grande sainte aux yeux de l’Église, quoiqu’on ne l’honore guère, dans cet Occident où son nom est souvent mêlé à des réflexions profanes. Mais on l’invoque toujours dans nos chrétientés du vieil Orient, où les traditions antiques se sont conservées. Son nom signifie : la Mère des Vivants… Dieu, qui fait toutes nos pensées, a voulu, sans doute, que je me souvinsse d’elle en vous voyant. Adressez-vous donc à cette mère qui vous est plus proche que celle qui vous engendra. Elle seule, croyez-moi, peut vous secourir, puisque vous ne ressemblez à personne, pauvre enfant, qui avez soif de la Vie… Adieu, ma douce fille, je repars dans quelques instants pour des contrées éloignées d’où je ne reviendrai probablement jamais, à cause de mon très grand âge… Quand vous serez dans la peine, souvenez-vous du vieux missionnaire qui priera pour vous au fond des déserts.

Et il était parti, en effet, après avoir laissé une pièce de vingt francs sur l’accoudoir du prie-Dieu, où elle demeura clouée par l’étonnement et le respect le plus indicibles.

Incapable de se renseigner sur le champ, elle ne sut rien de ce vieillard, qu’elle crut envoyé tout exprès par le Père des enfants qui souffrent. Il fut pour elle simplement « le Missionnaire »…

Tout le passé remontait ainsi dans sa mémoire