Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/292

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invoquaient silencieusement les sources du ciel.

Elle se souvenait d’avoir senti la Douceur même, et quand elle fondait en pleurs, c’était comme une impression très lointaine, infiniment mystérieuse, un pressentiment anonyme d’avoir étanché des soifs inconnues…

Un certain jour, ah ! ce souvenir ne s’effacerait jamais, un Personnage lui avait parlé, un prêtre à longue barbe blanche de patriarche, portant la croix pectorale et l’améthyste, et qui paraissait venir de ces solitudes situées aux confins du monde où se promènent, sous des cieux terribles, les lions évangéliques de l’Épiscopat.

Voyant pleurer une si jeune fille, il s’était approché, la considérant avec bonté. Il l’avait bénie d’une très lente bénédiction, en remuant doucement les lèvres, et lui posant ensuite la main sur la tête, à la façon d’un dominateur des âmes :

— Mon enfant, avait-il dit, pourquoi pleurez-vous ?

Elle l’entendait encore, cette voix calme et pénétrante, qui lui avait paru la voix d’un être surhumain. Mais qu’aurait-elle pu répondre en un tel moment, sinon qu’elle se mourait du désir de vivre ?

Elle le regarda seulement de ses grands yeux de chevrette perdue, où se lisait si bien sa peine.

C’est alors que l’étranger ajouta ces paroles étonnantes, qu’elle ne devait jamais oublier :