Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/332

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Je suis las de vivre, j’en conviens, absolument et irrémédiablement fatigué de ce que les imbéciles ou les pourceaux nomment entre eux la vie.

Mes affaires sont en ordre, faites-moi l’honneur de le croire. Je ne dois d’argent à personne et ne serai pleuré par aucun créancier. Les quelques revenus dont je fis un usage peu noble iront, après moi, dans des mains pures.

Je suis sans famille, et le groupe de mes amis ou connaissances vaut à peine un souvenir. Ma disparition ne sera pas même remarquée, ne fût-ce que d’un humble chien.

Cependant, avant de disparaître, j’ai résolu de vous livrer un secret de tristesse et d’ignominie effroyables, dont la divulgation, je le crois, pourrait être utile à plusieurs.

Il est entendu que vous êtes parfaitement libre de publier cette confidence anonyme, à moins que vous ne jugiez, en votre conscience, plus expédient de l’anéantir.

Cette confession écrite, jetée à la poste, va me devenir aussi complètement étrangère que le drame inconnu qui dort dans les limbes de l’imagination d’un romancier, et mes mesures sont si bien prises que nul ne pourra me reconnaître.

Agissez donc, monsieur, comme il vous plaira. Voici le poème :