Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/71

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ne pas manquer le train de huit heures, par exemple. Eh ! bien, mon cher, le feu prenait dans la cheminée au dernier moment, j’attrapais une entorse à moitié chemin, la robe de Juliette était accrochée par quelque broussaille, nous nous endormions sur le canapé de la salle d’attente, sans que ni l’arrivée du train ni les clameurs de l’employé nous réveillassent à temps, etc., etc. La dernière fois, j’avais oublié mon porte-monnaie…

« Enfin, je le répète, voilà quinze années que cela dure et je sens que c’est là notre principe de mort. À cause de cela, tu ne l’ignores pas, j’ai tout raté, je me suis brouillé avec tout le monde, je passe pour un monstre d’égoïsme, et ma pauvre Juliette est naturellement enveloppée dans la même réprobation. Depuis notre arrivée dans ce lieu maudit, j’ai manqué soixante-quatorze enterrements, douze mariages, trente baptêmes, un millier de visites ou démarches indispensables. J’ai laissé crever ma belle-mère sans la revoir une seule fois, bien qu’elle ait été malade près d’un an, ce qui nous a valu d’être privés des trois quarts de sa succession qu’elle nous a rageusement dérobés la veille de sa mort, par un codicille.

« Je ne finirais pas si j’entreprenais l’énumération des gaffes et mésaventures occasionnées par cette incroyable circonstance que nous n’avons jamais pu nous éloigner de Longjumeau. Pour tout dire en un