Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/80

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Ces armes calquées avec attention sur du papier végétal, à la Bibliothèque nationale, ne me furent pas montrées, mais la devise : Par la sambleu ! m’a toujours paru aussi simple que magnifique.

Bref, ce Théodore fascinait, éblouissait ses amis dont l’ascendance n’était, hélas ! que de croquants. Cependant, il ne pouvait être leur caporal, parce que tout éclat doit céder à la sagesse. C’était le terne mais impeccable Théophraste qui les avait unis en faisceau pour que les orages de la vie ne pussent les rompre. C’était lui qui les maintenait ainsi chaque jour, leur enseignant la vertu, leur apprenant à vivre et à penser, et le bouillant Achille avait noblement accepté d’obéir à l’oraculaire Nestor.

Théodule et Théophile peuvent être expédiés en quelques mots. Le premier n’avait de remarquable que son apparente robustesse de bœuf docile et plein d’inconscience à qui on eût pu faire labourer un cimetière. Il était simplement heureux de marcher sous l’aiguillon et n’avait presque pas besoin de lumière.

Le second, au contraire, marchait par crainte. Il ne trouvait pas le faisceau bien spirituel ni bien amusant ; mais s’étant laissé ligoter par Théophraste, il n’osait pas même concevoir la pensée d’une désertion et tremblait de déplaire à cet homme redoutable.

C’était un garçon très jeune, presque un enfant, qui méritait, je crois, un meilleur sort, car il me parut doué d’intelligence et de sensibilité.