Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/9

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se releva du prie-Dieu et, silencieusement, disparut dans le taillis des ténèbres.

Pour ce qui est du prêtre, il ne bougeait pas plus qu’un mort et de lentes minutes s’écoulèrent avant qu’il ouvrît la porte et qu’il s’en allât, à son tour, du pas pesant d’un homme assommé.

Il fallut le carillon persistant des clefs du bedeau et l’injonction de sortir, longtemps bramée dans la nef, pour que Jacques se levât lui-même, tellement il était abasourdi de cette parole qui retentissait en lui comme une clameur.



Il avait parfaitement reconnu la voix de sa mère !

Oh ! impossible de s’y tromper. Il avait même reconnu sa démarche quand l’ombre de femme s’était dressée à deux pas de lui.

Mais alors, quoi ! tout croulait, tout fichait le camp, tout n’était qu’une monstrueuse blague !

Il vivait seul avec cette mère, qui ne voyait presque personne et ne sortait que pour aller aux offices. Il s’était habitué à la vénérer de toute son âme, comme un exemplaire unique de la droiture et de la bonté.

Aussi loin qu’il pût voir dans le passé, rien de trouble, rien d’oblique, pas un repli, pas un seul détour. Une belle route blanche à perte de vue, sous