Page:Bloy - Je m'accuse, La Maison d'Art, 1900.djvu/161

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pu être magnanime, une seule heure, que tu aies pu faire quelque chose de généreux. Ta nation n’est pas ainsi, ta nation apostate et dégénérée. Si tu as paru accomplir un acte propre, c’est que tu avais ou croyais avoir un intérêt à l’accomplir, — cet intérêt ne dût-il être manifesté qu’au Dernier Jour.

Voyons, vieux caresseur du Tiers État, vieil excitateur du phallus des gens patentés, avoue que tu te souviens de ton article publié par le Figaro, à la date du 18 janvier 1896, et que tu avais intitulé : « Le solitaire ». Ce solitaire, c’était toi, l’homme pourtant des troupeaux, des multitudes, mais la logique te visite peu. Tu te croyais, alors, un sanglier. « Tout écrivain, disais-tu, qui ne gagne pas d’argent est un raté ». Shakespeare en gagnait fort peu et le Dante moins encore. Tu leur es donc très supérieur. Voilà qui est entendu. L’article, d’ailleurs, était horriblement écrit.

Conviens-en, tu as toujours le même cataplasme sur ce qui te sert de cœur. Oui, sans doute, je comprends, tu souffres d’être cru, par les jeunes — peut-être aussi par quelques