Page:Bloy - Je m'accuse, La Maison d'Art, 1900.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


an, avec ses livres. Opinion de bourgeois, opinion immonde.

« Il y a, à Londres, des accapareurs milliardaires qui s’arrondissent, de temps en temps, de quelques dizaines de millions, en lâchant les meules de la famine sur telle ou telle province de l’Inde.

« Il y a d’autres spéculateurs, anglais ou américains, qui empoisonnent des peuples par l’opium.

« Il y a aussi des entrepreneurs sans nombre, répartis autour du globe, qui gagnent beaucoup dans le trafic de la viande humaine.

« Etc., etc., etc.

« Votre quelqu’un, ayant paru lâcher Dieu depuis quelque temps, depuis peu de temps seulement, est encore capable, je l’espère, de penser que tous ces monstres gavés d’or mériteraient plutôt de l’être d’étrons et de crever dans les plus sales supplices ; mais il ne pense pas du tout qu’il y ait lieu de blâmer un individu qui n’empoisonne que les âmes, qui n’avilit que les intelligences, qui n’outrage QUE Dieu, et qui s’enrichit à ce métier-là. On est toujours assez homme de bien quand on a paru baver pour Dreyfus, en se foutant des imbéciles. Ô Tribulat Bonhomet !


« Léon Bloy.


« P. S. En ma qualité d’artiste, je suis pour la crapule Esterhazy contre la crapule Urbain Gohier.

« Ah ! oui, certes ! »