Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/115

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transportée au-dessus d’elle-même. Elle ne s’étonnait déjà plus d’avoir pu trouver quelque objection plus ou moins valable, quand il lui parlait seul à seule au Jardin des Plantes. Évidemment, ne fût-ce que pour une heure, il devait élever à lui ceux qui l’écoutaient avec attention.

En un mot, la charmante fille avait été tellement préservée par sa nature de la moutarde contagieuse des rues de Paris qu’à trente ans elle avait encore la fleur d’enthousiasme de l’adolescence la plus généreuse.

— N’est-ce pas touchant, disait encore Pélopidas, de la voir écouter ainsi ? Plût à Dieu que mes pauvres œuvres fussent contemplées avec la même affection ! Mais il est exaspérant de penser, mon pauvre Bouche-d’or, que les sales crapauds qui vous envient ce don-là soient précisément consolés par votre mépris. Car il se dit un peu partout que vous ne vous prodiguez pas.

— Laissons cela, je vous prie. Vous savez mes sentiments sur ce point. J’écris le moins sottement que je puis ce que j’estime devoir être notifié à notre génération vomitive. Pour ce qui est de la palabre conférencière ou politique, raca ! En supposant que ma parole fût aussi puissante que certains entrepreneurs de démolitions me l’ont affirmé et qu’elle eût le pouvoir de « changer la forme des montagnes », comme le vent de feu qui souffla contre Sodome, je n’échangerais pas ma rêverie solitaire contre le tréteau d’un flagorneur de la populace. J’aime mieux parler aux bêtes. Ce soir, c’est à vous que je parle, et surtout à Mademoiselle, avec le plus grand plaisir.