Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/124

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Timidement, Clotilde lui présenta la question qu’on voyait errer sur les lèvres de Pélopidas.

— Qu’est devenu ce monsieur ?

— Ah ! oui… mon histoire ne serait pas complète. Je ne l’ai jamais revu et j’ai appris sa mort, un an plus tard, par un de mes compatriotes établi dans la petite ville qu’il habitait en Bretagne, au bord de la mer. Il est mort de la façon la plus terrible et, par conséquent, la plus désirée par lui, c’est-à-dire, dans sa maison, sous l’œil de l’abominable Xantippe qu’il avait choisie tout exprès pour le torturer. Frappé de paralysie peu de temps après notre rencontre, il ne voulut pas qu’on le transportât dans quelque maison de santé où il eût pu être exposé à s’éteindre en paix. Ayant vécu en pénitent, il lui plut de râler et de mourir en pénitent. Il paraît que sa femme le faisait coucher dans les ordures. Les détails sont affreux. On crut même, un instant, qu’elle l’avait empoisonné. Il est certain qu’elle devait être impatiente de sa mort, espérant hériter de lui. Mais les précautions étaient prises depuis longtemps, ainsi qu’il me l’avait dit, et le reste de son patrimoine est allé dans les mains des pauvres. Le bail de cette cuisinière de son agonie expirait naturellement avec lui.

Maintenant, mon histoire est tout à fait finie. Vous voyez qu’elle n’était pas très compliquée. Je voulais simplement vous faire voir, tel que je l’ai vu moi-même, incomplètement, hélas ! un être humain tout à fait unique, dont je suis persuadé qu’il n’existe pas d’autre exemplaire dans le monde entier. Sans la lettre trop précise de mon