Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/130

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Elle ne répondit pas, mais il l’entendit pleurer.

— Qu’avez-vous encore ? Voyons, je ne peux donc pas vous parler sans que vous fondiez en larmes ?

— Monsieur, dit-elle enfin, je suis trop heureuse et c’est pour cela que je pleure. Vous avez deviné juste. La pensée de retourner à Grenelle me désespérait. Après cette journée délicieuse que vous m’avez fait passer, après avoir entendu monsieur Marchenoir, l’idée de revoir l’horrible Chapuis me rendait folle… Pensez donc ! Je ne suis pas habituée à tout cela, moi. Je n’entends jamais que des malédictions ou des saletés. J’étais presque décidée à marcher toute la nuit, en pensant à ce pauvre homme dont votre ami nous a raconté l’histoire. Mais je ne sais si j’en aurais eu la force. Maintenant, vous m’offrez un refuge, après m’avoir donné tant de choses. Comment pourrais-je refuser ? Seulement…

— Seulement, vous avez une objection, n’est-ce pas ? Eh bien ! la voici votre objection. Vous ne savez pas de quel droit ni à quel titre je me mêle de vous protéger. Mais, mon amie, c’est bien simple. Je suis chrétien. Un fichu chrétien, c’est vrai, mais tout de même, un chrétien. Et comme je vois très clairement que vous êtes en danger de mort, si vous continuez l’existence entre votre bonne mère et son aimable compagnon, je serais une canaille si je ne vous en retirais pas. Mes ressources me le permettent, soyez sans craintes à cet égard. Je ne suis pas un millionnaire, Dieu merci ! mais j’ai le moyen de secourir les autres, quand l’occasion s’en présente et vous ne serez pas