Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/129

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— Ah !…

— Oui. Cette dépêche, qu’elle a dû recevoir, il y a au moins deux heures, l’informait que vous ne rentreriez pas… Silence ! que diable ! Laissez-moi m’expliquer. Vous comprenez bien, ma pauvre petite, que je ne vous ai pas fait raconter votre histoire uniquement pour m’amuser. J’avais besoin de vous connaître. Or, j’ai pris la résolution de m’occuper de vous très sérieusement. Pour commencer, vous ne pouvez pas rentrer dans cette volière à cochons. J’ai mes raisons pour croire que vous méritez qu’on s’intéresse à votre personne et, à moins que vous ne l’exigiez d’une manière absolue, je ne vous laisserai certes pas retourner à Grenelle, auprès de monsieur Chapuis, pour y crever de dégoût et de froid. Regardez cette neige. On nous annonce un hiver atroce et le voici qui commence… Écoutez bien. Je connais une maison honorable où je vais vous conduire. C’est dans l’avenue des Ternes, pas très loin de mon atelier. Une pension décente que dirige une de mes vieilles amies, institutrice un peu ridicule, mais supportable, qui vous fera, je pense, le plus doux accueil, vous voyant amenée et recommandée par moi. Ses pensionnaires sont de jeunes personnes étrangères venues de diverses parties du monde, à qui elle serine un peu de français et dont elle décrasse l’imagination. Vous n’aurez rien à démêler avec cette école. Vous aurez votre chambre, comme à l’hôtel, vous prendrez vos repas à la table commune et nous travaillerons ensemble dans l’après-midi. Cela vous convient-il ?