Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/133

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


à redresser le torse en ramenant le train de derrière pour appuyer le mouvement de bascule des vertèbres cervicales, et regarda cette étrangère avec des yeux morts où toutes les lampes des vierges sages auraient pu s’éteindre.

Ces yeux, de la couleur de l’eau des lavoirs, avaient la langueur pâmée des sentimentales professoresses du Septentrion. Il aurait fallu être aveugle pour n’y pas déchiffrer l’habitude sublime de noyer toutes les trivialités de la vie dans l’intime joie des spéculations transcendantes et des attendrissements supérieurs.

Ce fut donc avec ce mélange de rondeur amicale pour Gacougnol et de condescendance polaire pour Clotilde, qu’elle daigna parler après avoir superbement désigné des sièges.

— Soyez la bienvenue, Mademoiselle… Ma foi ! monsieur et cher ami, vous tombez on ne peut mieux. J’ai justement une chambre toute prête destinée à une pensionnaire américaine que j’attendais et qui vient de me télégraphier de Nice qu’elle n’arrivera qu’au printemps. Notre hiver parisien lui fait peur. Quelle neige ! ce soir… Eh bien ! vilain homme, pourquoi ne vous voit-on plus ? Où en êtes-vous de vos chefs-d’œuvre ? Allez-vous enfin publier ces poésies adorables dont je ne connais malheureusement que deux ou trois ? Et la musique ? Et la peinture ? Et la sculpture ? Car vous êtes universel, comme nos maîtres de la Renaissance… Si je ne craignais pas certaines rencontres bizarres qu’on peut faire chez un artiste, j’irais bien voir votre atelier, qui doit être plein de merveilles.