Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/147

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chambre pour examiner la caisse envoyée par Gacougnol. Elle contenait toutes les sortes de linge nécessaire à une femme, divers objets de toilette et quelques livres. Le brave homme était sorti de bonne heure, c’était bien clair, et il avait couru les magasins tout exprès pour qu’elle eût cette surprise avant de venir chez lui.

Un tel empressement, une si rare sollicitude pouvaient-ils s’expliquer par la seule charité chrétienne que l’artiste avait invoquée la veille pour justifier sa munificence ? Nul docteur n’eût osé s’en porter garant. Clotilde était une fille simple comme la ligne de l’horizon et, par conséquent, très capable de discerner ou de pressentir la plus lointaine déviation ; mais elle vibrait encore de la veille et le soupçon qui voltigea une seconde, autour de sa jolie tête, repoussé victorieusement par les fluides généreux de l’enthousiasme, ne put l’atteindre. Les âmes droites sont réservées à de rectilignes tourments.

Entendant sonner une heure, elle s’élança enfin dans la direction de l’atelier de son protecteur, où elle arriva quelques minutes après que sa mère venait d’en sortir.

XX

Une parenthèse est ici nécessaire. Les bonnes gens qui n’aiment pas la digression ou qui regardent l’Infini comme un hors-d’œuvre sont dévotement suppliées de ne pas lire ce chapitre qui ne modifiera rien ni personne et