Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/155

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à personne, n’est-ce pas ? Seulement, voyez-vous, c’est une enfant qui n’a pas d’expérience et rien ne remplace les conseils d’une tendre mère. Le ciel m’est témoin que je l’ai élevée saintement !… Vous ne voudriez pas la tromper, vous êtes trop consciencieux pour ça, je vois bien que vous êtes un peintre loyal. Et puis, on peut toujours s’entendre, quand on est des personnes bien. Moi, voyez-vous, Monsieur, j’ai connu l’adversité, mais vous comprenez que je ne suis pas la première venue. Oh ! j’ai une belle naissance, allez ! On voit bien que je ne suis pas une femme du peuple. J’ai du savoir-vivre et des manières comme il faut. Le malheur a voulu que j’aie épousé un homme indigne de moi, qui a fait le deuil de ma vie et qui m’a couronnée d’épines. Mais tout le monde pourra vous dire que j’ai noblement supporté l’infortune. Je n’ai rien à me reprocher, j’ai toujours marché droit et j’ai donné le bon exemple à ma fille…

Tenez ! ajouta-t-elle, transportée soudain et comme une femme qui ne résiste plus à son cœur, en ouvrant les bras à Pélopidas qui recula terrifié, si vous vouliez nous serions si heureux ensemble ! On ne se séparerait plus, je viendrais vivre auprès de vous avec mon chéri et ce serait la famille du bon Dieu !

Le coup était direct et atteignit en plein le destinataire dont toutes les patiences furent au moment de chavirer. Cependant, l’oblation imprévue du père Chapuis, envisagé comme futur compagnon d’une existence familiale, raviva une minute sa gaîté.