Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/16

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d’une séditieuse moustache qu’il eût été profitable d’utiliser pour l’étrillage des roussins galeux.

Les yeux au poinçon, d’une petitesse invraisemblable et d’une vivacité de gerboise ou de surmulot, suggéraient, par leur froide scintillation sans lumière, l’idée d’un nocturne spoliateur du tronc des pauvres, accoutumé à dévaliser les églises.

Enfin l’aspect de ce ruffian démantibulé donnait l’ensemble d’un avorton implacable, méticuleux et présent jusque dans l’ivresse, que d’anciennes aventures auraient échaudé et qui, dès longtemps, n’avivait plus son cœur de goujat qu’à l’assaut des faibles et des désarmés.

Il n’était pas absolument sans lettres, cet excellent père Chapuis. Il lisait couramment des feuilles arbitrales et décisives, telles que La Lanterne ou Le Cri du peuple, croyant fort à l’avènement infaillible de la Sociale et bafouillant volontiers, dans les caboulots, de pâteux oracles sur la Politique et la Religion, ces deux sciences débonnaires et si prodigieusement faciles, — comme chacun sait, — que le premier galfâtre venu peut y exceller.

Quant à l’amour, il le dédaignait, sans phrases, le considérant négligeable, et si, d’aventure, quelque autre docteur y faisait la moindre allusion sérieuse, aussitôt il bouffonnait et pandiculait en s’esclaffant.

C’est pourquoi l’aimable Isidore assumait la considération d’un nombre incroyable de mastroquets.

On ne savait pas exactement ses origines, quoiqu’il s’affirmât d’extraction bourgeoise et périgourdine. Extraction