Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/176

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démons de sa volonté, invinciblement résolu à ne pas manquer un train pour Versailles dont le départ était imminent, — tour de force dangereux que l’énormité de la course rendait à peu près impossible. Il eut la chance inouïe de ne tuer personne, d’échapper à tout embargo des agents protecteurs de la voie publique et de pouvoir sauter dans le train, non sans avoir bousculé divers employés, une seconde après qu’il venait de se mettre en marche.

On ne pouvait pas dire qu’il fût beau. Quelquefois on l’aurait cru décroché de quelque potence. La ligne impérieuse du nez aquilin, dont les ailes battaient continuellement, ne tempérait pas la dure expression des yeux et la bouche toujours fermée, toujours serrée en dedans, jusqu’à l’inclusion des lèvres, était inflexible. Le front très noble, cependant, méritait bien de dominer sur cette face de commandement qui avait l’air d’appeler la foudre.

Une telle physionomie, fascinante par l’intensité, devait impressionner sûrement les âmes de moindre énergie et il se disait autour de lui que les femmes ne résistaient guère à ce victorieux incapable d’attendrissement ou d’imploration.

Ce qui confondait, par exemple, c’était qu’un art aussi pacifique et méticuleux que l’Enluminure pût être l’occupation d’un tel forban disponible, à qui Marchenoir avait adapté le mot de l’historien Mathieu sur le Téméraire : « Celuy qui hérita de son lit dut le bailler pour faire dormir, puisqu’un Prince de si grande inquiétude avait bien pu y sommeiller. » Le contraste saisissait à ce point qu’il fallait