Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/180

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devant lui, et il avait l’originalité sans exemple de considérer comme un outrage toute commande, quelque avantageuse qu’elle fût, qui n’était pas faite par un admirateur déclaré de ce proscrit. On racontait les scènes les plus bizarres. Gacougnol, exceptionnellement jugé digne, ne l’avait connu que par lui.

L’occasion peu banale de la première entrevue de Léopold et de Marchenoir avait été, quelques années auparavant, un article de revue où le critique redoutable réclamait, au nom des bourgeois, les supplices les plus rigoureux pour ce Léopold, qui menaçait de ressusciter un art défunt dont les gens d’affaires n’avaient jamais entendu parler. Cet art qu’on devait croire emmailloté dans les cryptes du Moyen Âge, allait-il donc vraiment renaître par l’insolente volonté d’un homme étranger aux acquisitions modernes et s’ajouter aux autres chimères dont les va-nu-pieds de l’enthousiasme ont la sottise de se prévaloir ? L’urgence d’une répression étant manifeste, Marchenoir énumérait, avec la précision d’un charcutier de Diarbekir ou de Samarcande, les superfins et précieux tourments supposés capables d’étancher la vindicte boutiquière et de faire équilibre à l’énormité de l’attentat.

Cette sorte d’ironie si souvent pratiquée par le pamphlétaire allait à un tel point d’exaspération et de frénésie, finissait par devenir une spirale si furieuse de sarcasmes, de contumélies, de grincements, que Léopold, jusqu’alors assez peu frotté de littérature, eut comme une révélation de la puissance des mots humains.