Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/179

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frère de Charles V, possédées indûment par le crasseux académicien de Chantilly.

Enfin, un jour, il avait accompli le coûteux pèlerinage de Venise, uniquement pour y étudier ce miraculeux bréviaire de Grimani, auquel Memling passe pour avoir collaboré et dont s’inspira Dürer.

Toutefois, il ne reproduisait jamais, ne fût-ce que par fragments juxtaposés, l’œuvre de ses devanciers du Moyen Âge. Ses compositions, toujours étranges et inattendues, qu’elles fussent flamandes, irlandaises, byzantines ou même slaves, étaient bien à lui et n’avaient d’autre style que le sien, le « style Léopold », comme l’avait dit exactement Barbey d’Aurevilly, dans un feuilleton extraordinaire qui commença la réputation de l’enlumineur.

Dédaigneux des chloroses de l’aquarelle, son unique procédé consistait à peindre à la gouache, en pleine pâte, en exaspérant la violence de ses reliefs de couleur par l’application d’un certain vernis dont il était l’inventeur et qu’il ne livrait à l’analyse de personne.

Ses enluminures, par conséquent, avaient l’éclat et la consistance lumineuse des émaux. C’était une fête pour les yeux, en même temps qu’un ferment puissant de rêveries pour les imaginations capables de faire reculer la croupe de la Chimère et de réintégrer les siècles défunts.

Cet individu extraordinaire, ami ancien de Pélopidas, était passionné pour Marchenoir, qu’il consultait souvent et dont il accueillait avec une sorte de vénération les moindres avis. Il eût été dangereux d’en parler irrespectueusement