Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/185

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L’art de l’Enluminure, je l’ai déjà dit, fut une diffusion photogénique de Byzance à travers l’âme rêveuse et mélancolique des Occidentaux ; le miroir à contre-jour, et miraculeusement adouci par une enfantine foi, de ses mosaïques, de ses pierreries, de ses palais, de ses dômes peints, de sa Corne d’Or, de sa Propontide et de son ciel. Il fut, par excellence, l’Art du Moyen Âge et devait nécessairement finir avec lui. Lorsque Byzance devint l’auge à cochons des Musulmans, le prestige qui l’avait fait naître s’évanouit et les rêveurs au désespoir tombèrent dans l’encre indélébile de Gutenberg ou dans l’huile épaisse des Renaissants.

Ce devait être la fin de tout pour un individu tel que moi et pour la demi-douzaine de maniaques dont je suis frère. Vous avez l’avantage d’être un de ceux-là, mon cher monsieur Léopold, et si vous m’avez compris, nous pouvons attendre le Jugement universel en nous serrant affectueusement la main.


XXVI


Grande soirée chez Gacougnol. À l’exception de Clotilde, il n’y a que des hommes. Une dizaine d’hommes, en comptant pour tel un serpent à moitié coupé, de l’espèce la plus venimeuse, lequel rampe habituellement dans les crachoirs de divers bureaux de rédaction, et que sa langue féroce a rendu célèbre. On ne le désigne que par le sobriquet diagnostique d’Apémantus. On lui a,