Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/210

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sur le crâne et des palissades d’ébène le long des joues, et de flegmatiques et silencieux Allemands, mon choix n’est pas douteux. Je me sentirai toujours plus d’affinité pour un homme de Leipsick que pour un homme de Marseille. Je ne parle, bien entendu, que des méridionaux de la France, puisque je ne connais pas ceux de la zone torride, mais je les suppose volontiers de plus en plus odieux à mesure qu’on s’approche de l’astre exécrable.

— Comme ce voyou parle du soleil ! souffla derechef à Bohémond l’impétueux Druide, qui adore provisoirement ce luminaire et dont la patience ne tenait plus qu’à un léger fil.

— Regardez donc ses mains ! dit en manière de réponse le poète, absent déjà. Des mains d’infante ! cela ! Allons donc ! Des mains de bossu, mon cher !

— Tiens ! mais, intervint alors Gacougnol, si j’en juge par vos sympathies allemandes, vous dûtes, en 1870, vous tenir à une certaine distance des champs de bataille ?

— Aussi loin que possible, n’en doutez pas. Je ne me cache pas d’avoir eu la foire tout le temps et on ne vit que moi dans les hôpitaux. Sac au dos ! Je me charge de documenter un bon disciple de Zola qui ne dédaignerait pas d’écrire, sous ce titre excitant, mon épopée, et je vous jure que la conclusion ne serait pas pour rallumer l’enthousiasme des combats. Au surplus, si chacun avait été dans les mêmes dispositions, la guerre aurait été finie tout de suite, et j’imagine qu’elle aurait coûté moins cher.

— Beaucoup moins cher, en effet, approuva Apémantus.