Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/223

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derrière ce brouillard sonore qui ne devrait paraître une colonne de nuées lumineuses qu’aux imaginatifs grossiers de la Germanie ?

Ces paroles, vivement approuvées par Gacougnol, parurent exaspérer Bohémond. On le crut même sur le point de se livrer à quelque violence de langage. Par bonheur, il se souvint d’antérieures altercations du même genre où il avait senti l’adversaire aussi infranchissable que la plus haute cime de l’Himalaya, et il put se borner à lui dire avec une sorte de bonhomie orageuse :

— Tu es, peut-être, en effet, le seul, comme l’a très judicieusement observé Léopold, qui jouisse d’une plénière et papale dispense d’admirer Wagner. Es-tu bien sûr, pourtant, que l’Église, notre sainte Église romaine, soit nécessairement aussi rigoureuse ?

— Ceci, L’Isle-de-France, est une banalité sentimentale. L’Église, ici, n’a besoin d’aucune rigueur. Le néant de ceux qui l’outragent est surabondamment notifié par sa silencieuse et indéfectible présence. Elle est comme Dieu est, simplement, uniquement, substantiellement, et les nouveautés lui sont hostiles. Or c’en est une effroyable que de prostituer sa Liturgie. Il n’existe pas de profanation plus grave et celui qui l’ose vient se placer, de son propre mouvement, sous l’anathème.

Un dernier mot. J’ai lu que Wagner aimait à plonger ses auditeurs dans les ténèbres. Il paraît que son œuvre gagne à être entendue par des gens qui ne se voient pas les uns les autres et qui ne pourraient faire trois pas sans