Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/239

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laissé son ombre sur elle ne la disposait pas aux pressentiments joyeux.

La femelle de Chapuis l’avait laissée jusqu’à ce jour, il est vrai, tout à fait tranquille, n’ayant même pas cherché à lui soutirer de l’argent, ce qui pouvait passer pour un miracle. Sans la crainte de rencontrer l’horrible voyou, Clotilde aurait déjà tenté de la revoir, car la paix charmante où s’engourdissait le souvenir des tribulations d’autrefois l’inclinait à une sorte de pitié pour sa misérable mère. Mais, en ce moment, elle ne sentait que de l’inquiétude et de l’effroi. Voici ce qu’écrivait la compagne d’Isidore.

« Ma chère enfant, Ta tendre mère qui t’a portée dans ses flancs et qui a tant souffert pour te mettre au monde, est sur le point d’achever son pèlerinage terrestre. Ma Clo-clo bien-aimée, je voudrais te bénir une dernière fois, avant de retourner dans ma céleste patrie. La bénédiction d’une mère porte bonheur. Je ne veux pas te faire de reproches, au moment où je vais revêtir la robe blanche pour paraître devant mon fiancé. Je sais que tout n’est pas rose dans la vie et je ne peux pas te blâmer d’avoir su te faire une position, mais tu n’as pas été gentille pour tes vieux parents qui t’adorent. Quand ton M. Gacougnol m’a jetée à la porte, j’ai eu les sangs tournés et c’est ce qui est cause de ma mort. Zizi te ferait pitié. Le pauvre agneau est comme une âme en peine depuis ton départ. J’irai l’attendre dans le ciel, où il ne tardera pas à me suivre, le chérubin ! Cependant nous te pardonnons de